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fin juin derniere semaine a saint menet, un monde d enfants


pour varier les plaisirs et étoffer mon carnet à dessin, je décide de recommencer l’expérience de la semaine complète sur le terrain en dehors des ateliers ;
en effet venue il y a quinze jour toute la semaine, j’ai eu le temps de me rapprocher des gens et de l’univers des enfants ; évidemment comme partout dans le monde, les enfants adorent se voir dessinés, à chaque fois que j’arrive ils veulent tous voir le carnet, ils s’attardent sur chaque page et évidemment plus sur celles où ils sont ; chacun se cherche et s’émerveille de se voir ; ils me reprochent aussi chacun de ne pas les avoir assez dessiné, je tente de leur expliquer que le carnet n’est pas exclusivement réservé à leur petite personne, peine perdue

lundi
j’arrive dans un campement presque vide, j’apprends qu’il y a eu un deuil, je croise cécile l’instit qui m’annonce que la maternelle va fermer, aprés une mobilisation cet hiver pour qu’elle continue d’exister, qui avait semblée marcher; elle a appris ce matin qu’elle avait trois jours pour faire ses paquets, après quoi l’école sera murée et fermée définitivement, restriction budgétaire ;
les seuls que je croise sur le terrain sont les pré-ados, mecs, qui traînent sans trop savoir quoi faire, ce n’est pas mon public, ils ne peignent pas comme souvent à cet âge là, c’est pour les bébés la peinture, eux sont des grands, ils ne voudraient pas être pris en flagrant délit de douceur, voir pire ;
ils passent en me lançant des pics, je laisse glisser ; les quelques adultes femmes qui sont là évitent mon regard, les plus vieux répondent à mes bonjours ; je ne le sent pas aujourd’hui, il fait très chaud sur le goudron du campement, je passe au centre social, début de semaine, chacun rentre la tête dans les épaules pour affronter la suite de la semaine ;
je ressors, finalement je croise quelques petites, toujours les mêmes, organza, love, pépé, gilles, sterlina, ils veulent voir le carnet, nous passons une bonne heure à tourner les pages
16 heures il fait trop chaud, je ne suis pas motivé, il n’y a rien de spécial à dessiner, je repars un peu dépité

mardi
il fait toujours chaud, mais il y a du vent, le mistral s’est levé, c’est plus respirable, en arrivant, j’ai croisé pas mal de petits sur l’huveaune, ils pêchent, se baignent et rigolent, je reste un moment à discuté avec lorenzo 11 ans, dit « bouboule », en fait de bouboule il est élancé musclé, il le sait et n’hésite pas à le montrer, tout les petits semblent lui voué une admiration sans bornes, au début un peu rétif et sur ses gardes ils est en réalité très sympa, mais il ne veut pas trop le montrer tout de même ;
je passe sur le campement, il n’y a là que les petits qui ne doivent pas sortir et les mamans qui s’activent à la lessive la vaisselle et le reste, il fait toujours très chaud sur le goudron, j’avance suivit d’une grappe d’enfants, vers le centre, ils adorent y entrer et surtout parce qu’ils ne doivent pas, car trés vite ils crient rigolent et gènent l’équipe qui doit bosser ; ils prennent le prétexte de me suivre ; tant qu’ils sont sages samia laurence ou alex les laissent, mais trés vite ils débordent du cadre, donc se retrouvent invariablement dehors, à claquer la porte ou à taper dedans comme des sonneurs ;
je redescend sur le parking aussitôt entouré d’une grappe compacte, « tu me prètes ton carnet », la cérémonie recommence, ils se chamaillent, je vois passer mon carnet de main en main, parfois en se bagarrant, je le récupère en leur disant que c’est fragile, ils se calment ;
pépé veut faire un dessin, je lui prète mon stylo, il me dit « je vais dessiner des cerises, de son air malicieux », « ok, pour des cerises », en réalité il s’agit d’un sexe avec les testicules, comme souvent chez les garçons pré-ados, ça commence à les travailler, et ils cherchent aussi la transgression, je contourne toujours cela d’une manière ou d’une autre ; il en faut autrement plus pour me choquer, donc ici comme ailleurs dés le début j’ai remarqué des rires sous capes des gloussement de petits groupes de mecs en train de dessiner des bites, ici le motif récurent ressemble étrangement à deux cerises et leur queue, je circonscrit l’incendie direct, « ah vous dessiner des cerises », ça les fait encore plus rire, « oui c’est des cerises » ; organza veut dessiner aussi dans mon carnet, elle me fait un coeur avec force détail, elle s’applique ; love qui certain jour porte très mal son nom veut aussi faire un truc, elle s’empare du carnet, dessine et s’éloigne, je discute avec gilles et d’autres, mais surveille du coin de l’oeil ; la terrible love, elle commence à déchirer des feuilles, évidemment elle ne pouvait pas rester tranquille, je viens vers elle, elle gribouille de toutes ses forces sur la feuille, je lui arrache le carnet et le stylo des mains, finis les conneries, tout le monde gueule, « tant pis les amis, si il n’y a pas de confiance, il n’y a pas de dessin dans mon carnet ;
je m’installe à l’ombre et dessine ceux qui restent, ils sont contents, lorenzo dit bouboule, revient de la pêche bredouille je le dessine avec son sceau, tout les enfants sont derrière et me donnent des conseils, lorenzo leur dit « il sait comment faire laissez le » ;
aujourd’hui j’ai un autre atelier à l’autre bout de marseille je dois partir plus tôt, je salue tout le monde et file à mon rendez vous

mercredi
aujourd’hui séance de peinture un peu spéciale, nous avons rendez vous aux centre social des escourtines, pour la fête de quartier ; sur l’autre versant de la vallée de l’huveaune ; à un kilomètre à vol d’oiseaux, j’arrive avant les petits ; le centre sociale est un ancien mas, entouré de verdures, de grands arbres au milieu d’uen petite cité, les stands s’organisent, pêche à la ligne, roller, vélo, trotinette, foot hockey sur gazon, mini ferme avec des poules des chêvres, la sono à donf un dj du quartier pénétré par sa musique, le stand de merguez, frites et chichi qui embaume tout le parc ;
c’est la fête !
laurence et hélène arrivent elles amènent les petits par groupe dans la voiture, c’est excellent ils sont hyper intimidés et ne se quittent pas ; ils sont rassurés de me voir et leurs yeux sortent de leur tête devant autant de couleurs, d’animation, d’enfants ; laurent arrive et les drive vers les différentes les animations, il font quelques peintures mais sont trés attirés par le reste, donc finalement j’ai beaucoup plus d’enfants des escourtines que les miens, l’aprés midi se passe tranquillement à l’ombre dans la pelouse, la sono à donf ;
18h00 c’est le goûté, oasis et merguez frites, les enfants se régalent ; nous formons une ronde, assis dans l’herbe, c’est trés sympa, yohan le clown de la bande fait rire tout le monde, je lui fait remarqué qu’en fait il est trés sympa et que au début ils nous avez un peu saoulé, il se souvient parfaitement et s’imite le premier jour avec l’histoire des un euro qu’il voulait récupérer n’ayant fait qu’un dessin, « je veux mes un euro, je veux mes un euros », je suis scié de l’humour et du recul de ce petit mec, il est encore plus excellent que ce que je pensais ;
18h30 retour au campement, tout les petits nous disent au revoir

jeudi
toujours aussi chaud sur le goudron et le mistral qui tempère un peu ; en arrivant je croise gilles, mickael louis et jonathan, dans les arbres, « on construit une cabane », « trobien je vous dessine, ne vous occupez pas de moi », ils sont ravis, gilles s’inquiète pour moi, il me tire un matelas en mousse et me dis, « viens assieds toi ici, tu seras bien, tu vas pas rester au soleil », décidément ce gilles est extra, je les dessine tranquille, ils font des aller-retour pour voir le dessin ;
je continu ma route, organza et océane m’appellent, elles sont planquées dans un grand carton, « ne bougez pas les filles je vous dessine dans votre carton, elles posent, il y a un autre carton pas loin, organza me dit « il y a sterlina dedans », océane surenchérie en me disant, « elle est rentrée dans le carton, elle n’existe plus » ;
je traverse le camp comme tout les jours, comme tout les jours, les mêmes me disent bonjour, les mêmes tournent la tête pour ne pas me dire bonjour, je n’insiste pas, je n’insiste jamais ;
je passe au centre, tout le monde est là, des petits mon suivit, nous nous installons dans la salle d’animation de laurent, je distribue les feuilles les peintures, je dois colorer mes dessins, sept enfants en profitent pour faire de la peinture pendant deux bonnes heures, gilles, jonathan, mickael louis, sterlina, orgenza, anaïs, ethan, c’est trés sympa, la plupart partent de leur propre chef, à la fin orgenza et sterlina en on marre et commence à faire des bêtises, je clos la séance ;



vendredi un monde d’enfants
vendredi, dernier jour à saint menet, dans le campement des gens du voyage, moi qui me suis auto-nommé charles duvoyage en leur honneur, car je serais toujours du côté de la veuve et de l’orphelin quoiqu’il arrive, quoiqu’il advienne, c’est comme ça je n’y peux rien, c’est le fruit de toute une éducation, à moitié polonaise à moitié française, à moitié immigré, à moitié communiste, à moitié franc maçon, de ces gens là que j’admire et que je ne cesserais jamais d’admirer dans ma vie ; ces gens qui ont bercés mon enfance, ces héros anonymes qui n’avaient que leur conscience comme témoin ; ces gens magnifiques, sublimes incommensurables vides de tout orgueil, de toute vanité, qui vivaient leur idéaux quelqu’en soit le prix, sans se soucier de l’avis des biens pensant, ces gens enfin qui se sont battus pour la liberté, pour l’égalité pour la fraternité ;
je le revendique haut et fort , encore plus aujourd’hui où j’ai vécu l’expérience que j’ai vécu en afrique de l’ouest ; oui j’aime l’humain, et par dessus tout l’enfance de l’homme, naïve et pure ;
j’arrive sur le terrain, de loin je vois la vieille mercedes moutarde de janvier, janvier doit approché la soixantaine, la bonté l’intelligence se lisent sur son visage ; il est la première personne que j’ai rencontré en arrivant, excellente introduction dans l’univers des gens du voyage ; nous nous saluons, il discute avec les hommes, qui me saluent aussi ; rapidement entouré des enfants qui veulent, comme de bien entendu, se voir dans mon carnet, du coup le carnet circule de mains en mains, les adultes voient leurs enfants dessinés, tout le monde rigole ;
je me dirige vers le centre social pour saluer tout l’équipe, suivit par une grappe de petits « tu me dessine », « tu me dessine », « non moi prem’s », je leur dis que je vais d’abord passer voir les filles au centre, ils m’attendent devant la porte ;
je redescend ils sont là, nous nous installons à l’ombre, ils posent ; d’autres sont autour de moi ils me tirent les cheveux, me remplissent le T-shirt de cailloux de branches, c’est la fête ;
je finis le dessin et bouge, suivit par les enfants, nous nous installons ailleurs, kenza veut que je la dessine avec cendrillon son petit chien ; camille sa soeur veut que je sers le cadre pour la dessiner avec cendrillon ;
yohan s’assoit sur l’attache d’une caravane, « dessine moi là », kenza entre dans le cadre, houston aussi, il me dit « dessine ma plaquette de chocolat sur mon ventre » ; je me retourne des filles me demande de les dessiner, elles posent ensemble ;
il fait très chaud au soleil, je me dirige vers le centre pour passer les couleurs, kenza et camille veulent me suivre, ok, mais on ne peut pas tous venir dans la petite salle des animations, je leur dis d’attendre que le reste des enfants s’éloignent ; j’entre au centre et m’installe sur la terrasse, au bout de dix minutes elle viennent devant la terrasse pour me prévenir que les autres sont partis ; je redescend ouvre la porte et elles entrent discrètement, on rigole de notre coup qui a marché ;
nous nous installons dans la salle, elles sont très mignonnes, nous peignons pendant une heure, un vrai bonheur ;
16h30 c’est l’heure le centre ferme, comme c’est mon dernier jour à saint menet, je leur donne les feuilles qui restent, des pinceaux, des palettes, pour qu’elles puissent continuer dans leur caravane, elles sont ravies, elle discute entre elles et viennent me voir pour me demander, « on se demandait si on pouvait te faire un bisou » ; trop mignon, pad’problèmes, je retiens avec force une larme, et leur dit de rester comme elles sont, lorsque l’on est sympa, les gens sont en général sympa avec vous, elles me disent que leur papas leur dit la même chose ; magnifique

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À propos de charles

1965 né à Périgueux 1984 bac D à Bordeaux 1992 D.P.L.G. à l’école d’architecture de Paris la Villette Peintre depuis 1968 j’habite et travaille 1991 – 92 en France, à Paris 1993 – 94 en Suisse, à Lausanne et à Genève 1995 – 96 aux Etats Unis, à Los Angeles 1996 – 97 aux Royaume Unis, à Londres 1998 – 99 en France, à Bordeaux 2000 – 01 en Russie, à Moscou 2001 – 09 en France, à Marseille 2010 - 2012 au sénégal en gambie, au mali, au burkina faso et au togo 2012 - 2015. au burkina faso 2015 - 2017. au bénin Expositions (pour tous les détails voir site internet, http://uncharles.free.fr) Et l’actualité : http://www.facebook.com/uncharles porteur du projet « les pieds sur terre » pour l’association content pour rien site du voyage : http://contentpourrien.free.fr guitariste compositeur de SNOC : http://the.snoc.free.fr

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